Ginny Moon de Benjamin Ludwig

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Ginny Moon

Auteur: Benjamin Ludwig

Maison d’éditions: Harper Collins

Nb de pages: 432 pages

Illustration de couverture : hej!jeannne

 

 

Le pitch

Pour la première fois de sa vie, Ginny  Moon a trouvé sa Maison-pour-Toujours – un foyer avec une famille aimante qui saura la protéger et l’entourer. Le foyer dont n’importe quel enfant adopté pourrait rêver. Alors pourquoi cette adolescente de 14  ans cherche-t-elle à tout prix à se faire kidnapper par sa mère biologique, incapable de s’occuper d’elle  ? Pourquoi Ginny veut-elle absolument retourner dans cet appartement où elle a failli mourir  ?
C’est une adolescente comme les autres – elle joue de la flûte, s’entraîne pour le tournoi de basket de l’école et étudie les poèmes de Robert Frost –, à un détail près  : elle est autiste. Et certaines choses sont très importantes pour elle  : commencer sa journée avec précisément neuf grains de raisin, chanter sur Michael Jackson (son idole), manger de la pizza au bacon et à l’ananas et, surtout, retrouver sa mère biologique pour pouvoir s’occuper de sa Poupée, qui court un grand danger.
Avec les moyens limités et pourtant redoutables d’une enfant enfermée dans son monde intérieur, Ginny va tout mettre en œuvre pour la sauver.

Benjamin Ludwig, lui-même parent adoptif d’une adolescente autiste, nous offre avec  Ginny  Moon  un premier roman d’apprentissage émouvant, tendre et drôle, une plongée dans l’univers mental d’une enfant prisonnière des limites du langage, mais bien déterminée à parvenir à ses fins. On rit, et on retient son souffle jusqu’à la fin. Une petite merveille.

 

Mon avis :

Je remercie les éditions Harper Collins et Babelio qui m’a sélectionné dans le cadre d’une masse critique. Je les remercie d’autant plus compte tenu de la qualité de cette lecture.

Cet avis sera court, car trop parler de Ginny Moon, ce serait vous priver du plaisir de sa découverte : c’est un roman qui se lit et se savoure, qui ne doit surtout pas être raconté.

C’est une expérience de vie, une ode à la tolérance, qui pourtant n’édulcore jamais les difficultés rencontrées par une jeune fille différente pour se faire accepter et par une famille « normale » d’intégrer une jeune fille différente qu’elle veut à tout pris adopter malgré cela.

C’est un roman à la première personne, ce qui a son importance car cela impacte toute la structure de l’histoire.

En effet, la narratrice est Ginny, qui s’appelle depuis peu Ginny Moon, car c’est le nom de sa Mère et de son Père-pour-toujours.

Ginny a en effet trouvé une famille : une famille qui la traite bien, avec affection, même si chez elle l’affection s’exprime de façon particulière. On sait en lisant la 4ème de couverture que Ginny est spéciale, différente.

L’auteur parvient pourtant de façon admirable à faire oublier que c’est un homme adulte, et qui plus est neurotypique, qui a écrit cette histoire.

Le point de vue de Ginny est totalement respecté, l’auteur s’oublie derrière la personnalité de sa protagoniste. C’est déroutant, car Ginny ne comprend pas toujours l’importance des questions qu’on lui pose, des choses qu’on lui dit.

On comprend l’importance de la formulation, des mots employés, la nécessité d’expliquer chaque nuance de choses qui sont pour nous évidentes. Cela va de la politesse, des règles d’une discussion, au droit à dire non par exemple.

Depuis qu’elle vit dans sa Maison-pour-toujours, Ginny voit un psychologue et est très accompagnée : elle apprend à gérer ses émotions et ses différences pour les mettre en résonance avec ce que les gens peuvent attendre d’elle, pour vivre plus facilement et être sur la même longueur d’onde que les autres, comprendre et être comprise.

C’est d’autant plus important qu’elle va devenir grande sœur, car sa Mère-pour-toujours est enceinte. Elle sent qu’elle fait peur aux adultes, qui pensent qu’elle ne saura pas s’occuper d’un vrai bébé, et qui essaie de lui apprendre à le faire avec un bébé en plastique.

Sa vie a déjà bien changé, son ancienne vie semble avoir été terrible, et les changements ne sont pas prêts de s’arrêter. Parce que la vie après tout, ça change tout le temps… s’adapter pour Ginny c’est difficile, même si elle apprend vite et bien.

Le fait qu’on ne quitte jamais son point de vue est au début déroutant, car ses pensées vont très vite et sont différentes de celles d’un esprit classique : j’ai vite dépassé cet aspect déroutant car pour moi, il est vite devenu essentiel de la comprendre. D’essayer de pousser les autres à la comprendre.

Plusieurs fois, je me suis prise à murmurer « exprime le comme ça Ginny, moi je vois ce que tu veux dire!« , ou encore « mais c’est évident qu’elle essaie de te dire ça« … bref, malgré la pathologie de Ginny, je me suis identifiée à elle, parfois à son entourage.

Parce que sa maladie ne la rend au final pas si différente, seule la façon dont elle exprime les choses l’est.

Elle ressent l’injustice, la douleur, les sentiments, avec une intensité peu commune. Toute son histoire n’est jamais à propos d’elle, et c’est bien là que le bât blesse. Tout ce roman, à mon sens, est fixé sur une chose : comment apprendre à Ginny à se faire passer avant les autres sans oublier pour autant qu’elle n’est pas seule?

Évidemment, c’est aussi un magnifique roman sur l’adaptation, des autres à Ginny de Ginny à sa famille, l’acceptation des règles de la société, leur bizarrerie souvent, leur nécessité malgré tout.

C’est un roman déroutant, magnifique, nécessaire. Merci à Benjamin Ludwig d’avoir partagé son expérience avec des lecteurs, d’avoir raconté l’histoire de Ginny.

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