Royaume de vent et de colères de Jean-Laurent Del Socorro

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Royaume de vent et de colères

Auteur: Jean-Laurent Del Socorro

Maison d’éditions: Actusf / Le livre de poche

Nb de pages: 280 pages / 285 pages

Illustration de couverture : Milek Jakubiec

 

 

Le pitch

Deux ans avant l’édit de Nantes qui met fin aux guerres de Religion, Marseille la catholique s’oppose à Henri IV, l’ancien protestant. Une rébellion, une indépendance que ne peut tolérer le roi. A La Roue de Fortune se croisent des passés que l’on cherche à fuir et des avenirs incertains : un chevalier usé et reconverti, une vieille femme qui dirige la guilde des assassins, un couple de magiciens amoureux et en fuite, et la patronne, ancienne mercenaire qui s’essaie à un métier sans arme. Les pions sont en place. Le mistral se lève. La pièce peut commencer.

 

Mon avis

Ce court roman a été écrit par un virtuose des mots, qui nous démontre que lyrisme ne signifie pas forcément mots datés et compliqués.

Il s’agit d’un roman choral, au cours duquel nous suivons 5 protagonistes : Victoire, Axelle, Armand, Gabriel et Silas.

S’y ajoute une nouvelle qui nous permet de découvrir le point de vue de Gabin, « gamin, avec un b ».

La seule notion de fantastique est apportée par la magie, dont Jean-Laurent Del Socorro dote deux des personnages que nous suivons, les prêtres.

Pour le reste, il s’agit principalement d’un roman historique, dont l’intrigue se situe en plein bouleversement, bien après une sanglante Saint-Barthélemy et pendant la reconquête par Henri IV de son royaume.

Tout se passe à Marseille, pendant la réelle parenthèse républicaine que la ville réussit à s’offrir.

Chacun des personnages que l’on suit est effectivement en colère, contre d’autres, mais surtout contre lui-même en réalité.

Les protagonistes sont terriblement humains et réalistes, dans une souffrance incommensurable, avec chacun sa façon de l’affronter, et peut-être (on l’espère!) de s’en affranchir, d’une façon ou d’une autre.

Chaque relation, chaque histoire, est tout sauf un événement, en ce sens que l’homosexualité ou l’émancipation féminine sont traitées par l’auteur comme quelque chose de normal : les couples sont des couples, amoureux, et qu’importe leur sexe ?

Les femmes se sont affranchies de tous les codes, mais sont traitées par l’auteur comme n’importe quel héros.

Je déteste du coup presque le fait de l’avoir noté, car la seule chose qui fait que cela devient exceptionnel, c’est que l’on remarque encore qu’un tel traitement est exceptionnel.

Finalement, le meilleur moyen de promouvoir la diversité, c’est de la traiter comme quelque chose de naturel et non comme un arc narratif spécifique.

Effectivement, cela permet une profondeur peu commune, car au XVIème siècle, avec tant de bigoterie, assumer sa différence revenait à se marquer soi-même d’une cible.

Les femmes de ce récit ont cependant pu trouver un moyen de s’affranchir de cela, autre que le commerce du sexe, et c’est cela qui est novateur.

C’est un court roman donc, mais d’une profondeur assez peu égalée.

Je n’aime pas, d’habitude, les récits construits au présent. Cela ne m’a pas dérangée ici. Au contraire, même, c’est tellement bien écrit et amené que cela n’a fait que contribuer à me happer.

De même que la structure narrative spécifique, avec l’alternance présent et passé, particulièrement bien menée.

En réalité, je savais que ce livre avait été très bien accueilli, je savais que Boudicca m’avait tendu les bras pendant toutes les Imaginales 2017, que l’auteur avait un discours super intéressant en conférence, mais je me suis plongée dans le livre sans même en relire la 4ème de couverture.

Sans rien en attendre, mais en sachant que ce serait sûrement bon.

Et je l’ai lu en un dimanche après-midi, incapable de le lâcher, les poils se dressant sur mes bras, fascinée par les voix des différents protagonistes, toutes uniques mais qui s’unissent en vue de l’affrontement imminent, chroniques d’une ville mais aussi de personnalités hors du commun dont on aimerait qu’elles aient réellement existé.

Les premiers chapitres sont actuels, puis l’auteur nous emmène dans un passé parfois très lointain, afin de connaître les grandes lignes de leur histoire, de l’Histoire, de ce qui les a menés à Marseille en ce moment décisif.

En chaque début de chapitre, un compte à rebours. Pour quelle fin ?

De celles qui ne vous laissera pas indifférent.

Ce livre ? un de ceux qu’il faut lire absolument.


Illustration de couverture du Livre de poche:

index(si quelqu’un en connaît l’auteur, n’hésitez pas à me dire !)

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