Les Réponses de Elizabeth Little

41q50HtWLJL._SX316_BO1,204,203,200_Le pitch :

Après un procès qui a passionné l’Amérique, la jeune Janie Jenkins est reconnue coupable de l’assassinat de sa mère, la très fortunée et très mystérieuse Marion Dressner. Dix ans plus tard, le procès est révisé en appel, la libération de Janie scandalise le pays, convaincu de la culpabilité de la riche héritière.
Janie est-elle coupable ou innocente ? Elle-même n’en a pas la moindre idée. Trop ivre la nuit du meurtre, elle n’a plus aucun souvenir de ses faits et gestes. Ne lui reste en mémoire que les deux derniers mots prononcés par sa mère, deux mots mystérieux qui vont la conduire à aller chercher les réponses à toutes les questions qu’elle se pose dans une petite ville du Middle West.
Rares sont les auteurs de thrillers qui dès les premières pages capturent à ce point l’attention du lecteur pour ne plus la lâcher. Avec son premier roman, et une héroïne à laquelle on s’attache instantanément, Elizabeth Little réussit cet exploit et rejoint d’emblée le club très fermé des S.J. Watson, Harlan Coben, Mo Hayder et autres Gillian Flynn. Faisant preuve d’un sens du suspense impressionnant, elle nous offre ainsi une intrigue machiavélique, proprement addictive, doublée d’une réflexion passionnante sur les travers de notre société.

Mon avis:

Janie était une jeune fille connue de tous, qui faisait la une des tabloïds, et qui était à la fois haïe et aimée par l’Amérique. Paris Hilton, quoi.

Plus d’amour quand le corps de sa mère est retrouvé couvert de sang, sans vie, sa fille à côté d’elle, hystérique et dans un état second : la jeune fille ne se rappelle de rien si ce n’est qu’elle haïssait sa mère, ce qu’elle n’a eu de cesse de crier dans les semaines ayant précédées l’assassinat et encore le jour même.

Car Janie et sa mère ne s’aimaient pas, la première sentant qu’elle était un poids autant qu’une déception pour la seconde, la seconde ne sachant pas trop quoi faire de la première.

Les relations entre ces deux femmes étaient faites de concurrence et de haine.

Et c’est tout ce dont Janie se rappelle.

Ça et ensuite, la détention provisoire, le procès et les mots qui ont scellé son destin : « j’aurais pu le faire ».

Après 10 ans en prison, son avocat parvient à la faire libérer, libération conditionnelle vivement contestée par les médias et par un blogueur people particulièrement virulent à son égard.

Faisant fi des obligations de sa conditionnelle, s’accrochant aux derniers mots prononcés par sa mère, essayant de s’accrocher au peu de ce qu’elle aimait de sa propre personnalité avant son incarcération, elle décide de remonter le passé de sa mère.

Cela la conduit dans un trou paumé des États-Unis, trou paumé qui constitue l’Image d’Épinal des petites villes de la campagne américaine: tous les membres de ce type d’endroit y sont représentés, caricature d’eux-mêmes et de l’Amérique bien pensante.

Le riche millionnaire qui possède toute la ville, et de lourds secrets, la pièce rapportée fascinée par l’histoire de la ville, très intégrée voire beaucoup trop pour être honnête, l’ado délurée qui ne demande qu’à la quitter, le shérif sexy, le délinquant d’habitude qui s’arrête avec ledit shérif boire un coup avant d’aller passer quelques jours en taule, les jeunes femmes plus modernes qui sont restées on ne sait pas trop pourquoi …

Alors que Janie a été enfermée en prison encore mineure, comment va t’elle aborder la liberté ?

Va t’elle trouver ce qu’elle cherche, et sait-elle seulement ce qu’elle cherche ? Ce qui est certain, c’est que Janie ne cherche même pas à prouver son innocence.

Elle aurait pu le faire, elle aurait pu tuer sa mère, elle en est sûre. Parce que malgré sa jeunesse et son inexpérience de la vie, cette jeune fille a compris ce que tant de personnes passent une vie à fuir comme réalité : nous avons tous ça en nous.

Ce sont des pères et des époux qui ont fait la guerre, et qui ont été capables de tuer ou de torturer pour une prétendue cause.

Ce sont des fils et des maris qui ont pu se transformer en tueurs en série ou en tueurs de masse.

Ce sont des mères qui ont pu tuer leurs enfants.

Et tous n’ont pas toujours de « bonnes » raisons: ils ne sont pas tous en train de se défendre, de sauver leur vie, de venger des années de torture.

Parfois le crime découle d’une situation ponctuelle, d’une colère froide, d’une peur incontrôlable … très souvent le crime est inexplicable. Mais toujours il est commis par un être humain.

Ce que Janie cherche, c’est à savoir si elle avait ça en elle, à cette époque. Ce que Janie cherche, c’est à recoller les morceaux et à savoir ce que sa mère et elle ont pu se dire qui a pu la pousser au crime si c’est bien elle qui l’a commis.

Ce qu’elle trouvera c’est une rédemption personnelle : le droit d’apprendre à vivre, à se faire des amis qui ne sont pas attirés par des paillettes, l’argent ou la reconnaissance.

Ce qu’elle trouvera, c’est l’amour, une famille et la vérité. Mais aussi de biens moins belles choses…

Il s’agit d’un premier roman et il est magistralement mené : l’auteure parvient à ne sombrer dans aucun des écueils du polar, même si l’intrigue policière en elle-même s’avère assez classique, notamment dans sa résolution.

Grande lectrice de romans policiers, thrillers ou romans noirs, qui ont assouvis mes envies de lecture avant ma découverte de la fantasy, je devine assez souvent la fin, il faut dire : je suis difficile à surprendre.

Ce roman vaut avant tout pour la psychologie travaillée des protagonistes, qu’il s’agisse des personnages secondaire ou principaux.

Ils sont tous surprenants, et les classiques voire les clichés qui sont présentés au début du roman sont rapidement contournés.

Première leçon des « Réponses »: ne pas vous fier à ce que vous voyez, mais à ce que vous sentez.

Le parcours de Janie est magnifiquement retranscrit, et m’a peut-être d’autant plus touchée que je suis avocate et que je vis chaque semaine des audiences où les juges maintiennent les prévenus dans leur posture de coupables, accordant plus de foi au casier judiciaire de la personne en face d’eux qu’au parcours de vie et à l’évolution qu’on est en mesure de leur démontrer.

En France, les gens sont jugés beaucoup moins vite qu’aux USA, et nous avons souvent des clients qui viennent nous voir pour des faits qui datent de 2, voire 3 ans.

Ils ont arrêtés les bêtises, ils ont changés, fondés une famille, mais sont jugés pour des actes anciens et il est très peu fait application de la dispense de peine, qui permettrait de reconnaître les gens coupables, l’indemnisation des victimes, mais de ne pas faire par exemple de la prison alors qu’on a un emploi et une famille.

Ce livre, c’est le parcours d’une ancienne détenue qui tente de refaire sa vie en reconstruisant son passé, espérant ainsi sauver son avenir et savoir enfin qui elle est.

C’est une quête d’identité, et en même temps la désespérance de savoir que le passé ne vous laisse aucune chance : vous êtes jugés d’avance. Et c’est la deuxième leçon de ce roman.

La fin est magistrale, et on ne peut plus réaliste, nous laissant une note amère dans la bouche, une fois encore d’autant plus quand on est avocate car on sait que cela peut arriver … pire encore, nous savons que cela arrive tous les jours.

Face au système, aux médias, à l’opinion publique, peu importe le nombre de preuves: c’est votre image qui compte.

Face à cette force populaire et populiste, peu importe la réalité d’un dossier, peu importe votre personnalité, peu importe « Les Réponses »…

Votre sort est joué d’avance: mais il ne vous reste plus qu’à savoir lequel.

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2 commentaires sur « Les Réponses de Elizabeth Little »

    1. Moi j’ai beaucoup aimé. J’ai été plus « déçue » par La fille du train par exemple. J’en attendais beaucoup avec tout ce buzz et je l’ai trouvé de facture classique finalement.
      Dans ce livre, l’originalité tient beaucoup aux personnages et à leur parcours de vie je trouve.
      Bref il en faut pour tous les goûts !

      Aimé par 1 personne

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