Le sentier des astres, Tome 1 : Manesh de Stefan Platteau

indexLe pitch:

Quelque part dans la nordique forêt du Vyanthryr, les gabarres du capitaine Rana remontent le fleuve, vers les sources sacrées où réside le Roi-diseur, l’oracle dont le savoir pourrait inverser le cours de la guerre civile. A bord, une poignée de guerriers prêts à tout pour sauver leur patrie. Mais qui d’entre eux connaît vraiment les buts de l’expédition ? Même le Barde, l’homme de confiance du capitaine, n’a pas exploré tous les replis de son âme. Et lorsque les bateliers recueillent un moribond qui dérive sur le fleuve, à des mille et des mille de toute civilisation, de nouvelles questions surgissent. Qui est Le Bâtard ? Que faisait-il dans la forêt ? Est-il un danger potentiel, ou au contraire le formidable allié qui pourrait sauver l’expédition de l’anéantissement pur et simple ? Un huis-clos humaniste et un peu cruel, une histoire sans héros, quelque part entre Robin Hobb et Robert Holdstock. Avec le premier tome de cette trilogie, par un auteur belge, une voix majeure de la fantasy vient de naître.

Mon avis:

Je ne connais pas Robert Holdstock, auquel Stefan Platteau est comparé au terme du résumé de l’éditeur. Mais je connais Robin Hobb, qui a su dominer la fantasy par sa différence: l’approfondissement des personnages et des personnalités des choses comme des hommes qu’elle met en scène, la description de la psychologie des protagonistes de ses merveilleuses histoires, leur évolution dans le temps …

C’est pour cela que Robin Hobb a marqué et s’est démarquée en fantasy.

Il y a aussi les auteurs de fantasy que je décris souvent comme « graphiques »: je mets dans cette catégorie Oliver Peru et son magnifique Martyrs et son merveilleux Druide, Magali Villeneuve pour la Dernière Terre, Jaworski pour Même pas mort et sa suite, et, oui, encore, Tolkien bien sûr.

Ces auteurs ont en commun d’avoir réussi à développer une  fantasy pas toujours épique, qui présente de longues pages de descriptions et d’introspections sans ennuyer un seul instant le lecteur.

Ces auteurs ont en commun de vous transporter dans un autre monde et de le faire vivre sous vos yeux.

Deux auteurs aujourd’hui ont réussi à mes yeux à mélanger la grâce de ces deux styles d’écriture: Magali Villeneuve et Stefan Platteau.

Ouvrir Manesh dans sa version des « Moutons électriques », c’est avant tout sentir un livre, d’une belle qualité, caresser sa couverture sous son joli revêtement brillant, sentir les pages (ce que l’auteur a « imposé » à mon chéri lorsqu’il a choisi un exemplaire pour moi: pour Stefan, chaque lecteur doit choisir son livre selon l’odeur de ses pages, c’est un des meilleurs moyens de savoir quel exemplaire vous est destiné: déjà poète avant même d’être lu).

C’est caresser le grain des pages, et enfin ouvrir, lire la dédicace, qui date de Trolls et Légendes, savourer le dessin de la grande gabarre, lire l’accroche qui parle (moque ?) d’un géant, et entrer dans le récit de Fintan, le barde de la Grande Gabarre.

Nous ne savons rien des 18 personnes qui peuplent les deux bateaux, la petite et la grande gabarre, si ce n’est que ces embarcations sont dirigées par de nobles frères dont l’un semble rompu aux arts occultes.

Seules deux femmes sont sur ces bateaux, la Courtisane et sa fille.

Pour le reste, guerriers nobles, bardes, palefreniers, cuisiniers, tous semblent fuir une guerre civile qui déchire leur royaume bien-aimé, dans le but semble t’il de rencontrer le Roi Diseur, une légende du Petit Peuple qui pourrait aider les Hommes à se sortir de la Guerre.

Comment ? Où ? Le secret a l’air bien lourd pour Rana et Fintan, semblant avoir été envoyés en mission, qui n’en diront pourtant rien aux hommes, les guidant et les maintenant au calme par l’espoir et par des exercices guerriers réguliers.

Les hommes qui composent ces bateaux sont mystérieux, abîmés par la vie et la Guerre emplis de rage et de colère, mais aussi d’humanité.

On apprendra petit à petit à les connaître, à savourer les plus silencieux d’entre eux car dans le silence il y a parfois une forme de noblesse, et chacun prend plus d’espace que nous n’en avons l’impression.

Je me suis surprise, quand j’avais l’obligation de refermer le livre pour travailler ou dormir (la vie réelle quelle plaie!), à réfléchir sur le destin de ceux dont on parlait le moins et qui pourtant n’étaient pas des moindre dans ce voyage … en espérant que l’intuition que j’ai de les voir se développer par la suite soit la bonne …

Les femmes qui hantent la cabine du Capitaine, leur seul protecteur face à des soudards en puissance, semblent elle aussi, même la petite fille de 7 ans, cacher leurs secrets.

Et c’est ainsi qu’un livre qui aurait pu s’annoncer bien monotone (un huis clos sur un fleuve, comme il serait facile de tomber dans la facilité, de nous sortir des pirates, des anacondas géants, et des viols de ci de là) commence par des phrases poétiques, d’un français riche et subtil, empli de notes d’humour bien cachées par l’usage de champs lexicaux intelligents.

Ainsi le Capitaine Rana, passionné des Astres, est bien souvent mal luné… Petit exemple, le seul que je veux vous donner car ce roman est à savourer et à découvrir.

Tout en prenant plaisir à découvrir l’histoire et à me faire mener par le bout du nez par l’auteur, j’ai goûté la recherche des bons mots de Stefan, délicates touches d’humour dans un récit grave et chantant.

Car n’oublions pas que c’est un barde qui parle, ou plutôt écrit, exercice auquel il est moins rompu que le chant, dans un monde où la magie a cours, et où les paroles peuvent être puissantes, apaiser les esprits, ou les échauffer, rendre la joie de vivre ou imposer la mélancolie.

Fintan dispose avec son sytar de cette magie, dont il a parfois peur de perdre le contrôle, parce qu’il doute du bien-fondé et du succès de sa mission.

Les nerfs des hommes seront mis à d’autant plus rude épreuve que dès le début du récit, pourtant entamé dans son journal bien des jours avant par Fintan, mais que Stefan choisit de faire débuter à un moment crucial pour l’équipage, le batelier sauvera un homme accroché à un radeau de  bois dans un état de santé bien mauvais.

Dès le début, les hommes s’opposeront : faut il couper les jambes du malheureux pour le voir survivre, ou le confier au pouvoir de la magie et de la prière ?

Ce second choix sera fait, et l’homme sauvé … du moins le croyons nous…

Mais une fois éveillé, dans ce contexte de conflit et de méfiance encore faut-il le faire parler.

Et le Bâtard, Manesh, avouera t’il ensuite, de décider de ne pas raconter son aventure fluviale, mais de se raconter lui-même tout simplement.

A compter du réveil du Bâtard, le génie de l’auteur s’affirme de plus en plus: par de savants allers-retours entre la vie dans les gabarres et le récit de « l’homme à la mer » qui se raconte, nous voyageons et nous sortons de ce qui aurait pu devenir un huis clos étouffant.

Nous en découvrons plus sur la mythologie et l’univers mis en place, d’une richesse et d’une profondeur incroyable.

Les noms des héros sont d’inspiration hindoues, les légendes exploitées pour le moment irlandaises : qu’a donc prévu l’auteur par la suite ?

Le grand ennemi, par sa personnalisation animale, pourrait sembler risible, et Stefan arrive à en faire une ombre terrifiante.

Non seulement il raconte son monde, mais pose des questions profondes: se définit-on en tant qu’Homme (j’entends bien par là homme et femme) par notre sang, par notre entourage, par ceux qui nous élèvent, ou par nous même ?

Quelle influence notre naissance a sur nous ? Doit-on laisser celle-ci avoir d’ailleurs une quelconque influence sur notre devenir ?

L’espoir est-il suffisant pour survivre ?

L’amitié doit-elle ou plutôt peut-elle permettre de dépasser des différences qui paraissent de prime abord un surmontable ?

Peut-on survivre à notre passé ? A quel point celui-ci doit il jouer sur ce que l’on devient ?

Stefan Platteau a mis en scène un barde comme narrateur, mais c’est lui le chanteur qui détient des pouvoirs magiques : celui de vous entraîner dans la mélancolie et la réflexion, dans l’enthousiasme d’une quête que l’on n’espère pas vaine, dans la joie de la découverte des plaisirs de la vie, dans le bonheur d’une amitié qui se construit, dans les affres de la trahison … si elle existe sur ces bateaux où seuls des personnes de confiance ont été choisies.

Vous terminerez ce livre avec de nombreuses questions et une envie dévorante de vous ruer sur la suite.

Vous terminerez ce livre avec le regret de ne pas l’avoir lu plus tôt, mais la satisfaction de savoir que Shakti, le tome 2, sort prochainement et que vous n’aurez pas à attendre trop longtemps pour être à nouveau envouté par la voix (la voie) de Stefan.

Vous terminez ce livre, si vous avez plus de 30 ans comme moi, et j’espère même pour les plus jeunes d’entre vous, en ayant l’impression de lire le livre qu’aurait mérité le film « Willow » : car dans Manesh vous rencontrerez beaucoup de légendes, mais les monstres vous feront penser à ceux de Willow, les Très Vieilles Gens vous feront penser à deux petits Thaunees impertinents et alcooliques (mais seulement par leur apparence!) … sauf que dans ces écrits, il y a le panache de Cyrano de Bergerac, un maniement de la langue maîtrisé, qui vous donneront envie d’écouter encore longtemps les dits du sieur Stephan Platteau.

Premier roman, une pure merveille, un vrai coup de cœur, que j’ai hâte de poursuivre avec le Dévoreur et Shakti … bientôt, aux Imaginales 2016.

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7 commentaires sur « Le sentier des astres, Tome 1 : Manesh de Stefan Platteau »

  1. La ou je ne suis pas d’accord avec toi, c’est pour Tolkien! C’est description s sont lourdes et trop longue, c’est très fatiguant de le lire!
    Pastapé pastapé !!!!

    J'aime

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