Le coin des BD/Comics #1 : A la recherche de Faërie

1/ L’auberge du bout du monde : Intégrale

51F43i2gICL._SX369_BO1,204,203,200_Tiburce Oger (Illustrations)

Patrick Prugne (Scenario)

Bretagne, 1884. Dans l’Auberge du bout du monde, lugubre bâtisse perchée au bord d’une falaise, un vieillard au seuil de la mort raconte une étrange histoire à un écrivain en mal d’inspiration. Celle de la mystérieuse Iréna, revenue d’entre les morts alors qu’on la croyait assassinée.

 

 

Mon avis:

J’ai avant tout craqué pour la couverture de cette superbe BD: ce côté désespéré, isolé, avec la chouette et sa relation avec la personne mise en scène comme seul lumière.

Puis j’ai lu le pitch de la première bande-dessinée : je ne vous l’ai d’ailleurs pas copié en entier car le pitch de l’intégrale est un peu trop explicite et spoile un peu trop à mon goût.

Cette intégrale regroupe donc les trois tomes originels de la bande-dessinée. L’intrigue est située au sein d’un petit village côtier de Bretagne.

Yann et Iréna, deux jeunes enfants, sont très amoureux l’un de l’autre, et sont d’ores et déjà destinés à se marier. Seulement, un jour où Iréna et sa mère se promène sur la plage, et qu’elle souhaite rejoindre le village en passant par une caverne, la mère d’Iréna est tout à coup agressée et hurle à sa fille de fuir.

La jeune fille disparaît, et seule corps de sa mère, la femme de l’aubergiste, est retrouvé: les notables étouffent l’affaire, car une conserverie ouvre ses portes et aucune ombre ne saurait entacher l’évolution capitaliste du petit village.

Alors que le père d’Iréna a sombré dans l’alcool et que Yann a fui son pays, un soir, Iréna, devenue muette, réapparaît sur le pas de sa porte, tandis que, depuis 11 ans que la conserverie fonctionne, d’étranges maladies et disparitions frappent le petit village.

Quel impact aura le retour d’Iréna sur la vie du petit village, dans un pays nourri aux superstitions et bercé par la crainte des malédictions ?

Peut-être 60 ans plus tard, un écrivain en mal d’inspiration s’installe auprès de l’aubergiste mourant dans un village déserté de Bretagne, et entendra son histoire…

Alors, « simple » BD policière ou intrigue fantastique ? Réponse numéro 2 mes amis.

Cette bande-dessinée a été très dure à lâcher : qu’il s’agisse de lire et d’avancer dans l’histoire ou de s’arracher à la contemplation des cases, dessinées comme des aquarelles, merveilleuses de détails et de beauté, magnifiquement colorisées.

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Cette histoire est située dans un contexte historique assez particulier : on est en pleine industrialisation, et les pêcheurs délaissent peu à peu leur activité au profit d’un travail à l’usine, pourtant dangereux et exténuant.

Ainsi, se heurtent les croyances ainsi que les traditions bretonnes et l’évolution technologique.

En filigrane d’un récit fantastique mettant en scène sorcières, malédiction, et envoyés du petit peuple, l’auteur critique cette industrialisation massive qui a abouti à la perte de valeurs fondamentales: le lien des peuples à la Terre, aux traditions, ainsi que la perte des valeurs d’entraide et de solidarité.

C’est aussi l’occasion de condamner l’obscurantisme.

Mais cet album, ce magnifique et superbe album, est aussi et avant tout un hommage aux histoires et contes bretons.

A lire absolument !

2/ Changeling : l’intégrale

la-legende-u-Changeling--Tome-1--couv Xavier Fourquemin (Illustrations et scénario)

Scarlett Smulkowski (Coloriste)

Pierre Dubois (Scenario)

Dans les forêts de la lande du Dartmoore se tapissent bien des secrets, des créatures de légendes inaccessibles à qui ne sait pas ouvrir les yeux. Mais Scrubby n’est pas de ceux-là. Enfant des fées, échangé à la naissance avec un petit humain, il a reçu le merveilleux en héritage. Et si, bientôt, il doit quitter sa forêt pour la jungle qu’est le Londres du XIXe siècle, sa forêt, elle, ne le quittera jamais…

Mon avis:

Cette intégrale regroupe les 5 tomes de la bande-dessinée Changeling, pour laquelle j’ai craqué avant tout grâce au nom de Pierre Dubois.

Et j’ai connu Pierre Dubois grâce à Meli du Bazar de la littérature.

J’ai traîné pour le lire, parce que c’est quand même un sacré pavé, mais le challenge « A la recherche de faërie » organisé par Meli m’a donné l’occasion de le lire.

Sitôt la première page, tournée, cette intégrale s’est avéré inlâchable !

L’histoire se passe en Angleterre, et ce qui assez intéressant par rapport à la chronique précèdente, c’est que les auteurs ont situé leur histoire dans le même contexte que l’Auberge du bout du monde: on est en pleine industrialisation et les paysans anglais quittent leurs campagnes pour aller en ville, à Londres, exode massif absorbé par l’East end, les quartiers pauvres, celui des « joues creuses », des prostituées assassinées par Jack l’Eventreur, celui des malheureux et des laissés pour compte.

Cependant, l’histoire commence dans la campagne anglaise, auprès de bois hantés par les légendes, « Au temps longtemps, quand les légendes erraient parmi les éternités ».

Les collines verdoyantes sont hérissés de dolmens et autres cercles de pierres, et la société évolue doucement, tout en ayant du mal à se départir des anciennes croyances.

Peter Jobson naît dans les vertes campagnes, et est un jour enlevé alors que sa sœur, Sheela, l’avait déposé au pied d’un arbre des fées.

La mère de Peter, désespérée, supplie les fées de lui rendre son fils, et un bébé lui sera donné, qu’elle n’arrivera jamais à aimer.

Peter, surnommé Scrubby, est attaché aux anciennes croyances et rencontrera le vieux de la forêt peu de temps avant de devoir quitter sa maison et rejoindre Londres.

Scrubby l’ignore encore, tout innocent qu’il est, mais son destin l’attend et pour y accéder de nombreuses épreuves.

Scrubby est un gentil garçon, qui ne voit que le bon côté des choses et des gens, et il décide de prendre son arrivée à Londres comme une nouvelle aventure. Je dois arrêter dès à présent de vous parler de l’histoire car sinon je risque de spoiler!

Les dessins peuvent paraître de prime abord enfantins, mais en réalité, ils sont d’une beauté et d’une précision qui servent l’histoire avec brio, sans parler du travail de la coloriste, merveilleux de poésie.

Voici quelques exemples :

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Au delà des magnifiques images qui nous sont servies, l’érudition de Pierre Dubois coule de page en page en toute beauté, de façon poétique, servant l’histoire, nous apprenant des choses: l’on révise les termes qui désignent les êtres composant le Petit Peuple, l’on réapprend les notions de l’histoire d’Angleterre, et on plonge dans les contestations sociales de l’époque.

Le dimanche sanglant est mis en scène, la révolte des joues creuses, des mineurs et autres ouvriers d’usine qui souffraient de maladie, de malnutrition, de pauvreté, révolte réprimée dans le sang, les conditions de travail des mineurs de Londres nous sont montrées, les conditions de travail des filles de « petites vertus ».

Ainsi, accessible aux enfants de par le dessin et le côté fantastique de l’histoire, il conviendra tout de même de faire attention car Scrubby n’est pas épargné par la vision des horreurs quotidiennes auxquelles les hommes et les femmes de Londres sont confrontées.

Il passe son temps à lutter contre les injustices et à se mettre dans des situations plus périlleuses les unes que les autres, affrontant sans le savoir les épreuves mises sur son chemin pour accomplir la destinée qui se dévoile peu à peu, à lui comme à nous.

Cette BD est un joyau, car derrière la dureté du monde affronté par Scrubby et les rares amis qui l’accompagneront, un message poignant est délivré par Pierre Dubois et Xavier Fourquemin : on porte en nous notre morceau de Paradis, notre porte vers l’Autre Monde et ses merveilles, notre moyen d’échapper à la morosité et à la déception quotidienne auxquelles nous confrontent l’Humanité.

On doit trouver en nous, grâce à cette porte intérieure, le courage de voir aussi le bon, et de le défendre coûte que coûte.

il suffit de fermer les yeux et de trouver cette source au fond de nous, cette source de bonheur et de quiétude.

Pour Scrubby, il faudra affronter des épreuves annoncées depuis l’aube des temps pour parvenir à trouver le bonheur.

Pour nous … allez savoir ?

3/ Courtney Crumrin

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par Ted Naifeh , Kelly Crumrin, Kalah Allen, James Lucas Jones

Le pitch :

Courtney Crumrin déménage. Et ce n’est pas fait pour lui faire plaisir. Après avoir vécu des années au-dessus de leurs moyens, son père et sa mère ont enfin trouvé une solution à leurs difficultés financières. Ils partent en banlieue, dans la maison de leur très riche oncle, le Professeur Aloysius Crumrin. L’immense manoir victorien du vieux Crumrin ne détonne pas dans le quartier huppé de Hillsborough. Toutefois, Courtney va bientôt découvrir que l’oncle Aloysius a une sinistre réputation et que de sombres rumeurs courent sur lui et sa maison. Et, bien que cet arrangement donne à ses parents l’apparente ascension sociale qu’ils désirent tant, Courtney a pour sa part l’impression d’atterrir en plein cauchemar. Un cauchemar où elle se voit rejetée par ses camarades de classe plus aisés. Et comme si ça ne suffisait pas, le vieux manoir poussiéreux semble abriter des créatures encore plus étranges que son père, sa mère ou l’oncle Aloysius. Elles rampent dans les couloirs sombres. Elles rongent des os dans les coins. Et parfois, elles grimpent sur le lit et observent Courtney pendant qu’elle dort. Son père et sa mère ne les remarquent même pas, mais l’oncle Aloysius sait tout sur elles. Il les appelle … » les Choses de la Nuit.« 

Mon avis:

La quatrième de couverture du premier tome révèle déjà beaucoup de choses sur l’histoire, aussi vais je essayer de ne pas aller plus avant, afin de ne spoiler personne.

Comme à mon habitude, quelques mots sur le dessin … contrairement à de nombreux autres comics, ceux de Ted Naifeh sont particulièrement épurés, impression renforcée par la première édition, en noir et blanc.

La façon dont sont dessinés les personnages est différente, à mon sens, selon que le personnage soit secondaire ou parmi les principaux.

Autant les personnages secondaires sont transparents, on devine tout de suite « de quel côté » ils sont, le bien ou le mal, autant l’auteur arrive à donner aux personnages principaux de l’intrigue un masque qui permet de ne jamais connaître leurs intentions.

Je vous laisse juges :

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Grâce à ce dessin, je trouve que les personnages comme les différentes créatures rencontrées sont mises en valeur, on ne se perd pas dans des cases surchargées. L’auteur veut clairement que l’on se concentre sur les êtres, et sait mettre l’accent sur les décors lorsque c’est ce qu’il veut que nous voyons.

Nous sommes à la merci de Ted Naifeh qui nous entraîne sans pitié dans son univers … et lorsque les six tomes de la BD principale (il y a deux spin-off) sont terminés, on ressent une intense frustration.

La force de Ted Naifeh, c’est que les personnages justement ne sont pas manichées, qu’il s’agisse des humains « personnages principaux », ou des créatures.

Les personnes plus secondaires servent le propos de l’auteur en étant eux typiquement à classer dans la catégorie de ceux qui font le bien (en général, ils sont aussi neuneu), et ceux qui font le mal (pas très malins non plus au final).

Cela met d’autant plus l’accent sur le parcours de Courtney et de son oncle, aux prises au fil des tomes avec des forces de plus en plus obscures.

Courtney est tour à tour aimable, détestable, effrayante, attire notre sympathie, attise notre tristesse …

L’oncle Aloysius est mystérieux, insondable, et on hésite à le placer du côté du bien ou du mal: d’ailleurs n’est il pas des deux côtés, ne le sommes nous pas tous ?

Si au début, au terme du premier tome, on peut craindre une « feuilletonisation » de la série, on se rend vite compte qu’il existe une trame de fond : cette trame est d’abord centrée sur l’évolution de Courtney, son adaptation à ses nouveaux pouvoirs, et aux lois du nouveau monde qu’elle découvre face auquel son oncle va la laisser relativement seule.

Vous voyez le « ne touche pas à ça », et dès que l’adulte avait le dos tourné, vous vous précipitiez sur l’objet interdit ? Eh bien, ce qui arrive à Courtney c’est un peu ça. Car elle a beau être intelligente, elle n’a qu’une dizaine d’années.

Imaginez-vous à cet âge, découvrir de tels pouvoirs, et qu’il n’y ait aucune école de sorciers à proximité ?

Courtney va commettre de nombreuses erreurs, aux conséquences très graves parfois.

Finalement, comme souvent lorsque l’on parle des faës, rien n’est figé, et nos héros comme les êtres qu’ils affrontent ont autant en eux la capacité de faire le bien ou le mal.

La question qui se pose au long de ces six tomes est : vers quelle issue les choix de Courtney la mèneront-elle ?

Cette petite sorcière est très humaine, et est confrontée très jeune à des choses difficiles, qu’elle a parfois causées.

Elle apprend très jeune l’absence de linéarité de la vie, linéarité qu’elle n’accepte pas de toute façon car c’est le choix fait par ses parents, qu’elle n’aime pas et dont elle ne veut pas suivre l’exemple.

Il lui faudra traverser toutes sortes d’épreuves pour comprendre l’importance de la famille, d’une certaine forme de routine, tant que celle-ci ne devient pas pathologique et qu’elle n’empêche pas d’apprendre et d’évoluer.

En bref, appréhender le monde des fées revient à en apprendre beaucoup sur l’humanité.

***

Ces lectures me permettent d’avancer dans mon challenge «  A la recherche de faërie  » !

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