Le Sang des Chimères, Tome 1 Mutante, de Sophie Dabat

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Le pitch:

Syrine, seize ans, a tout ce dont elle pourrait rêver : une famille unie, des super copines, une ville qu’elle adore. Mais tout bascule du jour au lendemain lorsque des excroissances douloureuses émergent dans son dos. Brusquement persuadée qu’elle sombre dans la folie, la jeune fille n’ose parler de ses problèmes et affronte souffrance et incertitude, subit l’incompréhension de ses parents et le rejet de ses amies. De fantasmes sanglants en pulsions violentes, de fugues en hallucinations, Syrine craint pour sa vie, pour celle de ses proches. Lorsque son père est muté à Rennes, elle espère que quitter Marseille lui permettra laisser ses doutes et terreurs derrière elle. Mais quand elle réalise que les étranges « Men in Black » qui ont offert ce nouveau départ à sa famille pourraient bien l’espionner ou vouloir faire d’elle un cobaye, le cauchemar devient intenable.

Syrine cherche de l’aide, mais ce n’est pas dans son lycée qu’elle va le trouver. Gauthier, peut-être, ce garçon qui semble être le seul à s’inquiéter pour elle ? Ou Agnès, la jeune fille handicapée qui a l’air de lire dans ses pensées…

Qui pourrait répondre à ses questions ? La djenneya, l’être qui hante son esprit, certainement. À moins que cette créature qui lui souffle ses fantasmes de sang et de sable ne soit autre que l’incarnation de sa propre folie…

Mon avis:

Piouf, il y a un moment que j’ai craqué sur ce bouquin: déjà, la maison d’éditions. Je vous l’ai déjà dit, je kiffe les éditions du Riez, achetez tout chez eux c’est un ordre, que de la bonne came !

Ensuite, la couverture: ces tons de bleu, cet aspect mélancolique, l’œil est immédiatement attiré, et forcément on saisit le livre, on le retourne pour lire la quatrième de couv’, et on est tout de suite intriqué.

Enfin, l’auteure: ancienne architecte, cheveux bleus au vent, impliquée dans la vie éditoriale, animatrice d’ateliers d’écriture: Sophie Dabat, je t’aime déjà et je veux te découvrir.

Mais il y a LE problème: celui que nous connaissons tous. La pile à lire… et quand dans votre pile à lire, il y en a plusieurs centaines, bah … ça traîne.

Sophie devait venir aux Imaginales l’année dernière… oui mai 2015. J’avais donc commencé à lire le livre avec un réel plaisir, et tout à coup, paf! En future maman fatiguée, obligée par le médecin à rester chez elle, elle a annulé sa venue.

Désespérée j’étais, mais compte tenu du nombre de bouquins que je voulais lire pour en parler aux auteurs (vous savez le challenge qu’on se fixe mais qu’on tient jamais), j’ai reposé Mutante avec réticence pour en lire d’autres.

Et il a fallu attendre février et le salon du Fantastique pour que je me décide à reprendre ce roman. Mais quelle erreur cette attente!

Sauf erreur de ma part que je me ferai un plaisir de corriger si vous me l’indiquez, Mutante est le premier roman publié de Sophie Dabat. (je ne lis pas de nouvelles)

J’ai d’ores et déjà craqué pour les deux premiers tomes de Sainte-Marie des Ombres chez Bragelonne, mais j’aime commencer par les premiers romans d’un auteur, voir et suivre ses progrès, ça me donne l’impression de grandir avec lui et de mieux le connaître.

Je sentais que les écrits de Sophie me plairait et ils m’ont plu. Il y a quelques défauts dans ce premier tome, quelques longueurs (ou qui pourraient être considérées comme telles), quelques maladresses (mais qui s’expliquent, je vais y revenir, et qui finalement ne sont peut-être pas tant que ça des maladresses) … mais l’auteure nous accroche tout de suite, tape là où ça fait mal, et nous donne envie de poursuivre, de savoir, de rencontrer la mythologie, de pousser à fond notre connaissance de l’univers qu’elle a créé.

Errante et Vivante, vous l’aurez compris les tomes 2 et 3 de cette trilogie, sont d’ores et déjà dans ma PAL et j’espère ne pas attendre autant de mois voire d’années avant de pouvoir les dévorer (terme qui colle parfaitement à cette série!).

Rentrons dans le vif du sujet si cette intro ne vous a pas suffi à acheter le roman (comment ça j’ai encore rien dit à part que c’était génial ? mais ça devrait suffire nom de nom) ! 😀

Syrine a 16 ans … et elle est en plein bouleversement: hormonal, bien sûr, mais également personnel.

Dépression, crise d’adolescence ? Elle supporte de plus en plus difficilement les cauchemars qu’elle fait chaque nuit, les membres de son entourage, et surtout présente des excroissances osseuses en haut du dos, au niveau des omoplates, tellement douloureuses que le moindre effleurement la vrille de douleur.

En outre, Syrine, dont le papa est musulman et la maman catholique, bien qu’elle ne pratique aucune religion, n’a jamais aimé la viande… et voilà qu’elle se jette régulièrement sur des morceaux de bœuf crus et sanguinolents.

Tout son argent de poche y passe.

Des cadavres de rats sont au pied de son lit quand elle se réveille.

Cauchemars, réalité, changements ? Pour Syrine, la question ne se pose pas, elle devient folle, ou est en train de développer une sorte de cancer dont elle a trouvé la définition sur internet.

Elle s’isole de plus en plus de ses amis, imagine qu’elle les dévore, se sent devenir un danger pour eux et pour elle-même, mais plus encore pour sa famille qu’elle aime pourtant tellement.

Le livre est centré sur cette étrange évolution que subit Syrine bien malgré elle, dans un parallèle intéressant entre la transformation de l’adolescente en une créature qu’elle ne connaît pas et le passage de l’âge adolescent à l’âge adulte.

En plus des choses habituelles contre lesquelles tous les ados de ce monde se battent: pulsions sexuelles, envie de normalité et d’intégration, Syrine doit lutter contre son propre corps et ses pulsions de mort et de sang.

Finalement, n’est ce pas toute la métaphore de l’adolescence ?

Elle quitte Marseille brouillée avec ses amis, n’osant d’ailleurs même pas les avertir de son départ … et arrive à Rennes en espérant commencer une nouvelle vie, mais est tout de suite mise au ban du lycée.

C’est le parcours géographique de l’auteure, et on ne peut s’empêcher de penser si elle n’a pas traversé certaines des affres de Syrine … mais cela relève bien évidemment de son jardin privé.

Syrine ne trouvera pas en Bretagne le soulagement qu’elle espérait. Elle est bossue, ne supporte pas le moindre contact physique, puisque ceux-ci déclenchent soit des douleurs soit des pulsions incompréhensibles pour elle comme pour son entourage, et finit même par éviter tout contact visuel.

Elle devient victime de harcèlement alors que tout en elle crie à la révolte et à la violence.

C’est une ado torturée que Sophie Dabat met en scène, tout en nous maintenant brillamment dans le flou entre folie et réalité un long moment.

L’image de cette ado torturée et isolée m’a particulièrement touchée, m’a ramenée à des souvenir toujours vivaces de ma propre scolarité, et j’ai trouvé l’isolement de Syrine particulièrement bien décrit.

Syrine est rapidement confrontée à des personnages étranges, qu’elle appelle les « men in black’, qui semblent suivre une autre ado du lycée, une jeune fille handicapée et maintenue en fauteuil roulant, Agnès.

Notre héroïne tente de se rapprocher d’Agnès, qui la rejette immédiatement.

Le seul sur lequel elle pourra compter sera Gauthier, un jeune homme qui, lors d’une humiliation particulièrement vive subie par Syrine en plein cours, sera le seul à la suivre pour s’occuper d’elle.

Il va devenir son seul ami, et lui fera rencontrer Morgane, sa petite sœur aveugle de naissance, mais qui semble voir bien plus de choses que la plupart des valides.

Malgré cette amitié d’abord ténue puis de plus en plus forte, jamais Syrine ne trouvera la force de se confier et Gauthier sera contraint de rentrer par la force dans son intimité, lui démontrant à quel point elle pourra compter sur lui.

J’ai aimé cette dynamique entre Syrine et Gauthier, j’aurais aimé avoir une telle personne près de moi pendant ma scolarité en collège/lycée.

Ma personne est arrivée plus tard, je l’ai trouvée et je la garde, mes amis aussi. Mais l’isolement au collège et au lycée, quand on subit toutes ces pressions et ces transformations, c’est terriblement dur à vivre.

Malgré tout ce que l’auteure fait subir à son héroïne, elle l’entoure d’amis solides, peu, mais sur lesquelles elle peut vraiment compter.

Et compte tenu de la fin du roman, elle en aura besoin…

Il y a quelques passages qui pourraient passer pour des passages plus lents, mais ça ne m’a pas gênée dans le sens où ils permettent de poser l’intrigue et la personnalité des protagonistes et des personnages secondaires.

Sophie Dabat réussit à reproduire le langage adolescent à merveille, et c’est même parfois énervant lorsque Syrine écrit sur son blog en langage SMS! Ce qui pourrait donc passer pour des maladresses de plume n’est donc en fait qu’un moyen de nous mettre au niveau de Syrine et de son entourage.

Les relations familiales, entre culturalisme et amour déchiré, sont magnifiquement décrites, et aucun personnage du roman n’est manichéen.

Les bases de cette trilogie sont superbement posées, et on a envie d’en savoir plus, autant sur la transformation de Syrine que sur les men in black ou sur Agnès.

On sent aussi que Gauthier et Morgane ont un rôle à jouer autre que celui des fidèles amis, et on a hâte de voir la mythologie se développer et prendre tout son essor.

Un presque coup de cœur ou un vrai coup de cœur, j’ai du mal à trancher, car ce qu’il me manque ce sont les révélations à venir … mais finalement, j’ai fini ce livre en haleine, dans l’attente du toujours plus que Sophie semble nous promettre.

Alors vraiment, une très très bonne lecture et une plume pleine de promesse!

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4 thoughts on “Le Sang des Chimères, Tome 1 Mutante, de Sophie Dabat

  1. Ce roman me paraissait déjà bien sympa, ça confirme mon impression 🙂 Et les couvertures de cette ME ne gâtent rien, celle-ci comme les autres !
    Merci pour cette chronique

    Aimé par 1 personne

      1. J’en ai justement deux de chez eux dans ma liseuse qui attendent patiemment que je me décide à les lire (si seulement les journées étaient plus longues…)

        Aimé par 1 personne

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