Yeruldelgger de Ian Manook

yeruldelgger

Le pitch:

Rude journée pour le commissaire Yeruldelgger Khaltar Guichyguinnkhen. A l’aube, il apprend que trois Chinois ont été découpés au cutter dans une usine près d’Oulan-Bator. Quelques heures plus tard, dans la steppe, il déterre le cadavre d’une fillette aux boucles blondes agrippée à son tricycle rose. Il y avait la Suède de Mankell, l’Islande d’Indridason, l’Ecosse de Rankin, il y a désormais la Mongolie de Manook !

Mon avis:

Oh l’autre, hey! Ils croient franchement que je vais lire un livre avec un titre pareil au simple motif qu’il serait prix des lectrices ELLE et prix du Polar du Quai des Polars 2014 ?

N’importe quoi…

Évidemment c’était sans compter ma périodite aiguë (je lis par période: période polar, période fantasy, période historique), ma panne de lecture, et mes compulsions littéraires…

Alors me voilà tranquillement à la Fnac, à causer avec mon copain libraire Christophe, et je passe au rayon polars: imaginez vous que ça fait déjà deux semaines que je ne peux plus lire une ligne, qu’aucun des livres de ma PAL à trois chiffres ne me branche, et que même Rigante ne me sort pas de cette impasse.

Alors franchement, un nom bizarre, je ne suis plus à ça prêt. Donc… je tente.

Et juste wahou!: sachez que la Mongolie a rejoint ma liste de pays à visiter. Absolutely!

Alors, de quoi ça cause Yeruldelgger ? (pour info, et par pure méchanceté, voici comment je n’arrête pas d’appeler ce pauvre commissaire: YeruldGegger. Tiens, pauvre lecteur, dans tes dents, essaie maintenant de le dire correctement!!!! Mouahahhaahah !!!)

Premier chapitre, le Commissaire Yeruldelgger traverse la steppe dans un « tape cul », accompagné d’un officier: une famille de nomades a trouvé le corps d’une petite fille, enterrée avec son tricycle.

Deuxième chapitre, à Oulan-Batror, la capitale, sa co-équipière Oyun couvre la scène du massacre de trois chinois dans une usine.

Voilà pour les bases de l’intrigue policière, prétexte à une enquête solide et passionnante, dont le dénouement est surprenant.

Mais si le roman porte le nom de son héros, c’est pour une bonne raison: Yeruldelgger n’est pas que le premier roman introduisant une nouvelle série policière. (Le deuxième tome est sorti en grand format en février 2015)

Yeruldelgger, c’est l’histoire d’un homme tourmenté, qui a connu l’amour d’une famille et la plénitude de la vie, mais que l’on rencontre 5 ans après un drame qui a bouleversé son quotidien et celui de son entourage.

C’est un bon flic qui n’a plus que son boulot pour se sentir un homme, et un être vivant complet.

Yeruldelgger est un homme fatigué, au bout du rouleau, qui ne semble plus capable d’aimer. Ce qui le rattache à la vie et à son humanité, c’est d’abord l’amour de son pays, la Mongolie, dans ce qu’il a de plus attaché aux traditions.

Dès le début du roman, un grand père des steppes l’investit d’une mission: en lui repose l’âme de la fillette assassinée et abandonnée. Selon la tradition mongole, la petite ne pourra trouver le repos qu’une fois son assassin retrouvé et puni par Yeruldelgger.

Il n’en faut pas plus au Commissaire pour prendre fait et cause pour ce dossier. Ce sera le moyen pour lui de dépasser ses souffrances et de redevenir un homme.

Ce qui le rattache à la vie est ce qui nous le rend attachant. Devenu égoïste, centré sur lui-même et la profondeur de son malheur, Yeruldelgger fait souffrir les femmes de sa vie, les seules qui sont restées.

On peut le haïr pour ça, mais sa profonde humanité, qu’il ne peut garder dissimulée, sa capacité à tout oublier soudain de lui-même pour une cause, son respect des anciens et des traditions, l’amour de son pays, vont lui rendre ses qualités humaines.

Ce roman, avant tout, c’est donc l’histoire de  cet homme, de son deuil du passé, de sa résilience, et de sa délivrance.

Yeruldelgger, c’est aussi une histoire de femmes. Le Commissaire est entouré de nombreux personnages féminins, peu effacés et d’une force peu commune.

Vous ferez ainsi connaissance avec Solongo, médecin légiste, passionnée par l’histoire de son pays, ses traditions millénaires, et dont l’esprit scientifique n’interdit pas la confiance dans l’ancienne médecine des steppes.

Elle est au début la béquille émotionnelle de Yeruldelgger, son havre de paix, mais est au fond bien plus que ça.

Nous rencontrons Oyun, la partenaire du Commissaire, une jeune femme de son temps, qui a peu connu la Mongolie communiste, qui sait se battre et s’affirmer dans un monde d’hommes.

Et enfin, Saraa, la fille de Yeruldelgger, jeune fille blessée, assumant en désespoir de cause ses mauvais choix, en recherche de réassurance, mais qui dispose d’une force intérieure surprenante.

Ces portraits de femmes sont magistraux, et elles ne sont jamais décrites comme dépendantes de l’homme fort qui a donné son nom à ce roman: et c’est génial de voir qu’un écrivain, un homme de surcroît, est capable de donner de tels rôles à des femmes.

Le dernier personnage principal de ce roman, c’est la Mongolie. Je ne connaissais rien de ce pays avant d’ouvrir les pages de ce roman.

Ou plutôt, je n’en connaissais que les lieux communs: des gens emmitouflés dans des peaux de bêtes, vivant dans de grandes étendues désertiques, probablement sans liens aucuns avec une quelconque technologie quelle qu’elle soit, vivant de et pour des traditions arriérées.

Il faut savoir que Ian Manook est le pseudonyme de Patrick Manoukian, journaliste, éditeur et écrivain français.

C’est ce Français de souche qui a su me faire découvrir un pays magnifique, loin d’être arriéré, mais subissant de plein fouet les conséquences d’une administration polluée par le régime communiste Russe, toute jeune démocratie puisque libérée du joug du Kremlin depuis 1992.

La situation économique de la Mongolie est difficile, le roman décrivant les nomades envahissant Oulan Bator contraints de vivre dans des égouts et regrettant l’époque de leur vie en plein air et en totale liberté.

L’action prend place dans cette ville gangrenée par la corruption et la pauvreté, frappée par l’immigration chinoise, les populations les plus pauvres côtoyant les riches hommes d’affaires.

Comment un pays colonisé et vampirisé par un système dictatorial peut-il s’en sortir ? Comment les traditions millénaires d’un peuple nomade se confrontent elles avec l’urbanisation soudaine et l’occidentalisation de la société ? Comment se remet on de dizaines d’années de terreur communiste ?

Ces questions sont évoquées, sans jamais alourdir le récit ni la narration.

Elles sont au contraire le prétexte à développer d’intéressantes questions, ainsi que la thématique presque fantastique du chamanisme.

Je ne peux en dire plus sur ces points sans vous spoiler, et ce serait vraiment dommage.

Et ces paysages, mon Dieu ! Les descriptions nous font voyager et sont à couper le souffle !

En bref, un livre à lire, tant que vous ne prononcez pas le titre tout haut 😀 : un véritable coup de cœur pour ce roman foisonnant, à la plume délicate, au ton à la fois grave et plein d’humour, comportant des paysages superbes et inédits, et une intrigue policière intelligente!

Vivement la suite en poche!

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Un commentaire sur « Yeruldelgger de Ian Manook »

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