Fasciste de Thierry Marignac

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Le pitch:

« Ce roman est déjà rentré dans l’Histoire. »

Édouard Limonov

 Rémi Fontevrault est un fasciste. Plus par amour de lui-même que par détestation des autres. Il aime la posture du réprouvé, l’odeur du soufre, l’idée d’être seul contre tous et celle de nager à contre‑courant dans une France que, pour se distinguer de la masse, il préfère juger en déréliction. Esprit brillant mais paresseux, beau gosse, Rémi s’invente, sans trop y croire, un destin à la Brasillach.

Mais lorsqu’il rencontre Irène et Lieutenant, le romantisme doit faire place à l’action armée. Il entame alors une lente dérive vers la violence, là où, finalement, les idéaux comptent moins que les actes.

 Sorti en 1988, Fasciste est le premier roman de Thierry Marignac. Tant par son sujet que par son style travaillé, tendu, précis comme un uppercut et qui lorgne tout à la fois vers Dada et Drieu La Rochelle, Fasciste détonne et étonne dans cette France « Touche pas à mon pote » mais aussi dans celle d’aujourd’hui, la France « Bleu Marine », tentée par l’extrême droite.

 

Mon avis:

A titre liminaire, je tiens à remercier Babelio et les éditions Hélios qui m’ont fait parvenir ce livre dans le cadre de l’opération masse critique.

Peut on appliquer le syllogisme à une expérience de lecture ?

Un bon livre, à mon sens, est un livre qui ne laisse pas indifférent: celui qui provoque la réflexion, qui fait se hérisser vos poils sur vos bras, se couper votre souffle dans l’attente d’un dénouement, ou encore qui vous entraîne dans son monde. Ceci est la majeure de mon syllogisme.

Fasciste est ne laisse pas indifférent: ceci est la mineure de mon raisonnement.

Mais puis je pour autant conclure que Fasciste est un bon livre ?

Si je m’en tiens à la réflexion que ce livre a entraîné, oui. Pour le reste, c’est un livre violent, dérangeant, qui ne vous laisse pas vous reposer, qui ne vous laisse qu’exsangue et vide, impossible de faire le tri, un brin de dégoût au ventre, l’angoisse de cette haine et de cette rage qui transpirent à chaque page.

Pas de repos dans cette lecture, les phrases et les sentiments s’enchaînent à un rythme effréné, il est lu en quelques heures.

L’action commence en 1978, le livre a été écrit en 1988.

En 1978, le narrateur, beau gosse, issue de famille aisée, s’épanouit à l’armée, qu’il déteste mais qui lui apprend le corporatisme et comment tuer.

Depuis toujours, il vit de passions morbides en fascination de la violence, alimentant des collections personnels, ce travers trouvant à s’épanouir lors du service obligatoire, où il rencontrera Lieutenant et Irène.

Embauché dans l’entreprise familiale, le narrateur travaille sans conviction, parce qu’il le faut bien, pour la frime et l’argent qu’il a facile, et il va à la fac.

C’est l’époque de l’UNI, des Jeunes communistes, des fascistes bon genre: mais c’est encore l’époque du Groupe union défense, le GUD, une organisation étudiante d’extrême droite réputée pour ses actions violentes.

Ce sont ces jeunes là que Fontevrault, le narrateur, va choisir de suivre, parce qu’il aime entendre craquer le cartilage de ceux qu’ils bastonnent, et qu’il aime que Charles Henri, le chef, ait un grand sourire sur le visage quand il fait avaler ses convictions aux coco.

Fasciste, c’est 186 pages de description brute et clinique de la tombée dans l’extrémisme dans ce qu’il a de plus violent.

Au contraire de « Un français », le film de Diastème, point de résilience ni de prise de conscience.

C’est l’amour de la haine, de la rage et de la violence qui est décrit ici.

Mais cette description n’est jamais facile, la plume est belle, efficace, les mots sont justes, le vocabulaire à lire: Marignac c’est beau à lire, mais dur à penser.

Est ce un bon livre ? Je ne sais pas.

M’a t’il remuée ? Oui. Et en 1988, il aurait dû remuer toute une classe politique pour qu’aujourd’hui, cette haine de l’autre ne soit pas affichée comme plus politiquement correcte.

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