Le coin des mangas #2

Pour ce second numéro, c’est l’occasion de faire un focus sur une mangaka éditée chez Delcourt pour deux séries, Lollipop et Six half.

Il s’agit de Ricaco Iketani.

Lollipop:

lollipop151Bs9YX6mFL._SY344_BO1,204,203,200_  lollipop3 lollipop4

lollipop5  lollipop6.lollipop7

Le pitch:

Madoka, une lycéenne comme les autres, aux parents un peu ringards. Or, un jour, ces derniers gagnent cent millions de yens à la loterie. La jeune fille commence alors à rêver d’une autre vie. Mais très vite, elle tombe de haut : grâce à cet argent, ses parents décident de reprendre leurs études pour réaliser un de leur rêve, devenir médecin. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, les voilà repartis dans leur campagne natale pour étudier, laissant leur fille en tutelle chez une de leurs connaissances… La mère de la famille Asagi – qui accueille Madoka – se révèle particulièrement froide et distante. Par dessus tout, elle refuse que Madoka vive dans la même maison qu’eux, et lui assigne une petite bicoque dans le jardin. Pour ne rien arranger, Tomoyo, le fils de la famille, encore collégien, va tomber amoureux de Madoka et lui rendre visite en secret…

C’est le début d’une nouvelle vie pour la jeune fille, qui entre lycée, amour et petits boulots va devoir trouver un nouvel équilibre (et c’est sans compter sur le comportement irrationnel de ses parents qui, malgré la distance, lui donneront bien des soucis…).

Mon avis:

Cette série est classée dans la catégorie shojo: le dessin en est l’illustration, fin et très féminisé.

On y trouve des ingrédients relativement classiques au premier abord: une histoire d’amour avec un possible triangle amoureux, les difficultés d’une écolière en uniforme… Mais ce manga garde plusieurs surprises en réserve: les sujets traités sont plus graves qu’ils n’y paraissent.

L’héroïne est une jeune fille abandonnée par ses parents, lesquels ont gagné à la loterie et ne veulent pas de distractions pendant qu’ils réalisent leur rêve, devenir médecin. Madoka sera donc reléguée dans la remise de la demeure d’une riche famille pendant que ses parents vont se refaire une santé chez leurs propres parents.

Elle rencontre alors deux garçons, Ono et Tomoyo: et là, j’entends les réfractaires s’écrier « ah bah le voilà ce triangle amoureux ».

Sans vouloir en révéler trop, je vous dirais non. Car en effet, l’histoire va se concentrer en grande partie sur les sentiments de Madoka, lesquels seront troublés par la présence de ces deux garçons dans sa vie, mais l’hésitation n’existera pas vraiment.

Et surtout les deux garçons ne seront pas tous les deux amoureux d’elle.

En revanche, le manga éclaire la relation sentimentale qui va exister entre Tomoyo et Madoka sous un jour relativement original, et sur une période de plusieurs mois, voire années : la façon qu’a eu la mangaka de relater son histoire m’a charmée, j’ai rajeuni de plusieurs années et ai trouvé les sentiments de Madoka très réalistes.

Elle est confrontée à la peur de voir ses parents changer, leur relation souffrir du gros changement qu’ils vivent, la peur d’être seule et de devoir finir de se construire sans l’aide de ses parents.

Elle est finalement le parent responsable dans cette famille composée de trois membres.

Elle va se révéler le soutien de Tomoyo, qui est un adolescent en grande souffrance, et percer le secret d’Ono, qui sous ses abords populaires et aimables, cache lui aussi un lourd secret.

Elle va devoir se créer une nouvelle famille, plus stable que celle de son sang.

Ce manga est aussi l’occasion d’aborder la parentalité adolescente, la maladie, et d’autres sujets, mais toujours sous un angle intelligent et sans aucun patho.

Je tenais à vous présenter cette série car ça a été pour moi une très belle découverte, presque un coup de cœur, et elle n’est pourtant pas beaucoup connue: donnez lui sa chance, je pense qu’elle a tout pour plaire!

Six Half:

6.516.526.536.54 6.55

Le pitch:

Suite à un accident de moto, Shiori se réveille amnésique. Rien, elle ne se souvient de rien ! Ni de sa famille, ni de ses amies, ni de son petit copain. Tant bien que mal, la lycéenne tente de retrouver un quotidien normal. Mais comment doit- elle se comporter lorsqu’elle se rend compte qu’elle renvoie l’image d’une fille vulgaire, hypocrite et manipulatrice ? Une véritable remise en question s’impose…

Mon avis:

J’ai choisi de présenter ces deux séries dans l’ordre de parution, mais en réalité, je me suis jetée sur Lollipop après avoir lu le premier tome de Six half, qui a été un coup de cœur pour moi.

Je suis souvent lassée des shojo, qui sont souvent sur le même moule, mais j’ai pourtant du mal à renoncer à tenter de nouvelles séries, surtout lorsque le pitch est original.

Je ne crois pas me souvenir qu’en manga, la problématique de la perte de mémoire ait été souvent traitée: je n’ai en tout cas jamais lu de manga sur ce sujet. Le résumé proposé par Delcourt m’a vite tenté.

J’ai lu, et j’ai craqué: Six half est une série terminée en 11 tomes au Japon, et déjà 5 tomes sont parus en France.

Shiori était une garce: le genre de filles à piquer le petit ami de sa meilleure copine, le genre de nana à moquer les impopulaires, à se maquiller beaucoup trop et s’habiller avec un sens du goût tout relatif, à ne pas soutenir son père malade et mourant, à insulter sa petite sœur et son grand frère et à sortir à tout va, boire et faire la fête.

Mais nous n’allons pas la découvrir sous ce jour, car le manga s’ouvre sur une Shiori perdue, qui ouvre les yeux dans une chambre d’hôpital : elle ne reconnaît plus personne.

A partir de là, les questions qui vont se poser dans ce manga sont diverses et variées, loin d’être légères, toujours traitées sans patho (cela semble être la marque particulièrement agréable de l’auteure) et avec beaucoup de sensibilité.

Le trait est toujours fin et joli, très agréable à contempler.

L’auteure se sert de l’amnésie de Shiori comme d’un prétexte à une remise en question de la jeune fille, qui va vite détester ce qu’elle était: mais alors que faire ? Tout pour retrouver la mémoire, ou tout pour rester dans un statu quo, ignorante d’un passé qui a conduit toute une école et sa petite sœur à la haïr ?

Si elle retrouve la mémoire, redeviendra t’elle celle qu’ils haïssent tous, tous sauf son ex petit ami ? Perdra t’elle cette opportunité de tout recommencer à zéro ?

Mais si elle ne retrouve pas la mémoire, arrivera t’elle à vivre avec l’idée de ne pas se souvenir de son père décédé, ou de ce qui a conduit à cette haine : et sans souvenirs, peut-on vraiment se repentir, faire amende honorable ?

A la fin du deuxième tome, une révélation plus dérangeante se fait jour, concernant notamment les sentiments amoureux de la jeune fille, et la personne visée par ses sentiments.

Dans le même temps, cette évolution, bien que gênante dans un premier temps puisque l’on ne sait pas trop où l’auteur souhaite en venir, s’explique par la perte de mémoire de Shiori : elle ne connaît plus les gens qui l’entourent, et n’a pas les outils nécessaires pour analyser ses sentiments à la lumière de son histoire personnelle ou considérer ces personnes sous l’angle auquel elle est tenue de les considérer: son frère n’est plus son frère, sauf au travers de ce qu’il lui dit, comme son petit ami ne représente plus rien pour elle: comment le pourrait-il, elle ne le connait plus.

Donc au final, l’orientation donnée à la série à la fin du deuxième tome prend tout son sens.

D’autant que rien n’est simple finalement dans ce manga, qui traite de la complexité des sentiments d’une jeune fille à l’égard des membres de sa famille et de son entourage, amis ou ennemis: comment trouver sa place quand on n’a plus d’identité et que les personnes ne peuvent ou ne veulent pas voir une autre que celle que vous étiez ?

Comment identifier ses sentiments clairement quand la seule personne qui vous a offert un soutien inconditionnel est inaccessible ? Comment accepter de voir la vie continuer pour vos amis ou votre famille alors que la vôtre s’est arrêtée par la force des choses et que votre seul moyen d’avancer est de tout recommencer ?

Ce manga possède un ton juste, il est passionnant et remarquablement écrit, tout en finesse et sensibilité.

J’en redemande, et j’espère vous avoir convaincus de lui donner sa chance!

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s