L’affaire SK1

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Le pitch:

Paris début des années 90 un jeune inspecteur fait ses premiers pas à la Police Judiciaire au 36 quai des Orfèvres. Sa première enquête porte sur l’assassinat d’une jeune fille. Son travail le conduit à étudier des dossiers similaires qu’il est le seul à connecter ensemble. Pendant 7 ans, obsédé par ces meurtres sauvages qu’il rapproche il ne va cesser de traquer le meurtrier. Ce policier devient l’architecte de l’affaire la plus complexe qu’ait eu à traiter la police judiciaire de l’époque avec un fichier ADN qui n’existait pas encore… Un film palpitant sur la traque de Guy Georges, le tueur de l’est Parisien.

Mon avis:

Fin du suspens, j’ai adoré ce film.

Il s’agit donc ici de suivre l’enquêteur qui a fait le lien entre plusieurs des victimes de Guy Georges, surnommé le Tueur de l’Est parisien.

Tout part d’une obsession, l’obsession d’une équipe d’enquêteurs du 36 quai des orfèvres, pour le dossier d’une victime martyrisée, Pascale Escarfail, l’obsession de trouver le coupable et de tourner la page d’une terrible affaire.

Ce dossier est « en pause » depuis 1 an et demi quand le jeune Franck Magne arrive au sein de l’équipe chargée de l’enquête, en pause car les policiers sont dépourvus de toute piste à examiner.

L’enquête durera 6 ans pour le lieutenant Magne, 6 années entrecoupées de périodes pendant lesquelles le tueur de l’Est parisien ne tuera pas, et de périodes pendant lesquelles il enchaînera les victimes.

Le procès se tiendra en 2001 à Paris. Guy Georges sera condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de 22 ans: il pourra faire sa première demande de libération conditionnelle en 2020.

A priori, il semblait compliqué de faire de ce film, dont l’histoire est connue de tous, un film de suspens.

Et pourtant, c’en est un: on a le souffle court à plusieurs reprises, attendant et espérant qu’il soit enfin mis fin à la carrière criminelle de ce tueur.

La tension est omniprésente dans ce film, les images sont crues, l’horreur des crimes ne nous est pas épargnée, mais sans tomber dans le voyeurisme.

Les acteurs sont tous justes: on vit la frustration et la sensation de culpabilité des policiers, leur obsession pour cette affaire, leur indignation lorsque des collègues d’autres groupes du 36 préfèrent cacher des informations dans un but carriériste plutôt que d’unir leurs forces pour mettre fin à ces crimes sanglants, l’incompréhension de Franck Magne qui ne parvient pas à faire saisir aux autres ce qu’il voit et ressent, et les liens qu’il perçoit entre les victimes.

On vit la quête de vérité de Frédérique Pons, l’avocate interprétée par Nathalie Baye avec justesse, qui s’oppose parfois à son confrère, Alex Ursulet, qui veut défendre à tout prix la théorie de l’innocence.

J’ai apprécié la représentation des avocats dans ce film: j’ai d’ailleurs lu récemment un article très juste sur l’expression de la vérité dans le métier d’avocat.

En effet, le rapport de l’avocat à la vérité ne peut se dissocier de la compréhension de certaines règles de procédure.

En droit pénal, c’est au Procureur de rapporter la preuve de la culpabilité: certaines failles subsistaient effectivement dans le dossier de Guy Georges, c’est indéniable: l’expert avait commis une erreur au décours des analyses ADN, et au final, le dossier reposait surtout sur les aveux du criminel en garde à vue.

A la lecture du dossier, et en vertu des déclarations de son client, il est donc tout à fait logique et compréhensible qu’Alex Ursulet ait souhaité au départ défendre cette thèse de l’innocence.

Et d’ailleurs, il aurait été tout à fait juste (attention, pas équitable, mais juste d’un point de vue juridique) que l’acquittement soit obtenu, même si la culpabilité était évidente: l’évidence n’est pas la preuve.

Petit à petit, Guy Georges ne pouvant retenir ses pulsions notamment à l’audience, les avocats, comme les magistrats ou les spectateurs présents dans la salle d’audience, comprendront qu’il a effectivement été capable d’aller jusqu’au meutre.

Deux paroles sont attribuées alors à l’avocate, qui me semblent représenter la quintessence de mon métier en matière pénale:

« Je veux que ce type, qui sera enfermé le reste de sa vie, voit un peu de lumière.« 

« Je suis là pour traquer l’homme derrière le monstre. »

Et à l’audience, ce sont les avocats de Guy Georges qui le pousseront enfin à l’aveu.

C’est une réponse satisfaisante à ceux qui me demandent souvent pourquoi et comment j’arrive à défendre des « coupables ». Parce que mon métier, c’est de traquer l’homme derrière le délinquant, et parfois le pousser à avouer lorsque les évidences sont contre lui.

En bref: l’ambiance du film, la sensation d’oppression, la tension qui règne jusqu’au dénouement en font un film noir, d’une extrêmement bonne qualité.

Les acteurs sont géniaux, absolument crédible, le désespoir et la culpabilité qui pèsent sur les épaules des policiers lorsqu’ils échouent à mettre fin à la vague de crimes extrêmement bien rendus.

Il s’agit en outre d’un procedural à la française très réaliste.

On est ici au niveau de 36 Quai des Orfèvres, ou MR73, films réalisés par Olivier Marchal. Et cette qualité dans le cinéma français, ça fait un bien fou.

 Pour aller plus loin:

Un livre:     

  guygeorges

Une vidéo:

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